{"id":25565,"date":"2022-05-14T10:05:00","date_gmt":"2022-05-14T08:05:00","guid":{"rendered":"http:\/\/bmmetz.fr\/blog\/?p=25565"},"modified":"2022-05-17T15:23:48","modified_gmt":"2022-05-17T13:23:48","slug":"filature-11-elle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bmmetz.fr\/blog\/2022\/05\/14\/filature-11-elle\/","title":{"rendered":"Filature #11 : Elle"},"content":{"rendered":"\n<p>Le\u00efla contemplait le quai s\u2019\u00e9loigner. Le port de Tunis dev\u00eent minuscule, jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre de son champ de vision. Le grand voyage commen\u00e7ait ici, sur ce bateau. Elle s\u2019\u00e9tait jur\u00e9e qu\u2019elle franchirait le cap. Sa terre promise serait la France. \u00c0 force de d\u00e9termination, elle avait fait de cet espoir une r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se sentait prisonni\u00e8re dans son propre pays. En marge de la soci\u00e9t\u00e9, elle refusait d\u2019adopter la culture qui lui \u00e9tait impos\u00e9e. Cela lui valait de nombreux conflits au sein de sa famille. \u00c0 son \u00e2ge, elle aurait d\u00fb \u00eatre m\u00e8re et femme au foyer. Pourtant, \u00e0 trente-cinq ans la jeune femme avait d\u2019autres aspirations.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque le Nabil se trouva en pleine mer, elle fut saisie d\u2019un pincement au c\u0153ur. Mais cette sensation fut br\u00e8ve. Elle contemplait le bleu du ciel se refl\u00e9ter sur la M\u00e9diterran\u00e9e. Pour la premi\u00e8re fois de sa vie, elle se sentait libre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le voyage dura vingt-quatre heures. A Marseille, son amie l\u2019attendait avec une pancarte mentionnant son pr\u00e9nom. Elles se salu\u00e8rent avec une chaleureuse accolade.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9es sur un forum d\u2019expatri\u00e9s quelques mois auparavant. Sarah lui avait propos\u00e9 de venir s\u2019installer chez elle, \u00e0 Metz. La vie qu\u2019elle lui pr\u00e9sentait \u00e9tait exaltante. Elle trouverait rapidement un emploi, des amis et serait int\u00e9gr\u00e9e dans sa nouvelle ville. Elle \u00e9tait rassurante et Le\u00efla y croyait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 bord d\u2019une petite voiture, les deux compatriotes prirent la route. Elles se racont\u00e8rent leurs histoires, les douleurs du pass\u00e9. \u00c9voqu\u00e8rent leurs projets et les bonheurs en instances. Le trajet \u00e9tait rythm\u00e9 de rires et de larmes. Elles s\u2019\u00e9taient bien trouv\u00e9es.&nbsp;&nbsp;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>\u00ab&nbsp;Bienvenue dans ta nouvelle vie&nbsp;!&nbsp;\u00bb, dit Sarah d\u2019un ton enjou\u00e9 lorsqu\u2019elles arriv\u00e8rent \u00e0 Metz. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le\u00efla lui sourit sans prononcer un mot. La fatigue de la route se m\u00ealait \u00e0 la peur de l\u2019inconnu. Sa t\u00eate tournait, elle devait se reposer.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019appartement se trouvait au deuxi\u00e8me \u00e9tage, au fond d\u2019une cour pav\u00e9e. Pour y acc\u00e9der, il fallait grimper un vieil escalier en bois qui craquait. Les voisins du premier \u00e9tage se disputaient, leurs braillements se percevaient sur le palier.&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>Elles franchirent la porte et jet\u00e8rent leurs affaires sur le sol. Apr\u00e8s une douche et une bonne nuit de sommeil, se dirent-elles, les esprits seront plus clairs.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>Leila ne r\u00e9ussit pas \u00e0 trouver le sommeil&nbsp;: trop de fatigue, trop d\u2019\u00e9motion. C\u2019est au petit matin qu\u2019elle d\u00e9couvrit l\u2019appartement. Il \u00e9tait petit mais chaleureux. Elle ouvrit la fen\u00eatre et se pencha contre le garde-corps. Les commerces animaient le quartier :&nbsp; boucherie, \u00e9picerie, bar PMU, friperie et boulangerie. Elle enfila son jean et alla chercher le petit d\u00e9jeuner. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>La rue lui procura une sensation famili\u00e8re. Les \u00e9choppes lui rappel\u00e8rent celles de son pays. Des personnalit\u00e9s de toutes origines se c\u00f4toyaient et l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait amicale, ce qui la rassura.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 son retour dans l\u2019appartement, elle tomba nez \u00e0 nez avec un homme. Les bras charg\u00e9s de croissants, elle le salua. Il \u00e9tait grand, le cr\u00e2ne ras\u00e9 et son regard carnassier n\u2019inspirait pas confiance. Pourtant, \u00e0 la minute o\u00f9 elle le vit, elle sut qu\u2019ils seraient li\u00e9s.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Le\u00efla, je te pr\u00e9sente Samuel . C\u2019est un ami. Je lui ai beaucoup parl\u00e9 de toi. Il \u00e9tait impatient de faire ta connaissance.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Ah oui&nbsp;?&nbsp;r\u00e9pondit-elle timidement.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il a sa petite entreprise. Il pourra te trouver tr\u00e8s vite du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019inconnu s\u2019approcha, lui serra la main avec poigne.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;Bonjour, ravissante Le\u00efla. Je suis enchant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le machisme qui \u00e9manait de cet \u00e9nergum\u00e8ne ne lui plaisait que tr\u00e8s peu. Pourtant elle l\u2019admirait.<br>&#8211; Les filles, soyez pr\u00eates pour dix-neuf heures, je passerai vous prendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Sarah, excit\u00e9e comme une puce, se p\u00e2mait devant lui. Lui ne l\u00e2chait pas du regard Le\u00efla.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Mettez vos plus belles robes, je vais vous pr\u00e9senter \u00e0 des amis&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>Une fiction imagin\u00e9e par M\u00e9lissa, participante \u00e0 l'atelier d'\u00e9criture \u00e0 la mani\u00e8re de Sophie Calle, anim\u00e9 par J\u00e9r\u00e9my Bracone, suite \u00e0 une filature en ext\u00e9rieur en mars 2022. <\/code><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le\u00efla contemplait le quai s\u2019\u00e9loigner. Le port de Tunis dev\u00eent minuscule, jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre de son champ de vision. Le grand voyage commen\u00e7ait ici, sur ce bateau. Elle s\u2019\u00e9tait jur\u00e9e qu\u2019elle franchirait le cap. Sa terre promise serait la France. \u00c0 force de d\u00e9termination, elle avait fait de cet espoir une r\u00e9alit\u00e9. 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